Sunday, March 05, 2006

1. Errance

A force de trop rêver le jour
Je cauchemarde la nuit
A force de trop rêver le jour
Je ne ferme plus l'oeil
A force de trop rêver le jour
La vie est une rose
Se consummant lentement
A force de trop rêver le jour
Quand le bonheur est là
Je vous ressemble un peu
A force de trop rêver le jour
Je suis pareille à vous
Vous êtes pareil à moi
A force de trop rêver le jour
A force de trop rêver le jour.




Comme des jeans délavés,
Tes yeux ont perdu leurs couleurs
Et leur éclat des jours heureux.
Ils n'ont plus ces reflets
Que j'admirais tellement
Lorsque j'étais assis au coin du feu
Et que je te regardais avec amour.

Comme les étincelles d'un soleil couchant,
Tes yeux se sont éteints,
Le désespoir aidant,
Et n'ont plus retrouvé
La saveur des jours heureux
Qui donnait à mon coeur
Tant de bonheur.

Comme un homme ayant perdu la foi,
Tes yeux ont perdu leur lumière,
Et se trompant de route,
Sur le chemin du retour,
Ils n'ont plus retrouvé
La soif des grands jours
Qui donnait à mon âme
L'envie de te connaître davantage.

Comme un homme fou de rage
Se fout une balle dans le crâne,
Tes yeux se sont noyés
Dans les larmes de leur désespoir
Et se sont répandus
Sur ton si beau visage
Qui, comme un miroir,
Se brisa en malheur.

Comme un homme jaloux,
Tes yeux furètent partout
Pour découvrir un coin de ciel
Où leur âme puisse s'étancher.

Comme un homme ordinaire,
Tes yeux se rassurent
En se disant
Que demain sera meilleur,
Et que, comme tous les hommes,
Tous les yeux
Ont leur malheurs et leurs bonheurs,
Et que, l'un sans l'autre,
Le bonheur est inaccessible.




J'entre dans une vie
La mort y arrive.
J'entre dans un coeur
J'y enterre le bonheur.

Que voulez-vous
Partout où je passe
Je porte la poisse.

J'entre dans une âme
La voilà qui se damne
J'entre dans un être,
Le voilà qui s'affaisse.

Que voulez-vous
Partout où je passe
Je porte la poisse.

Le démon me possède
L'enfer est mon univers.
Où que je passe
Le monde trépasse.

Que voulez-vous
Partout où je passe
Je porte la poisse.




Cafard, cafard,
Cafardéum de mon âme.

Auriez-vous l'obligeance,
Ame déroutante,
De bien vouloir de toute urgence
Réintégrer mon corps ?

Pourquoi voudriez-vous,
Corps sans merci,
Que je revienne en vous ?

Pour que je puisse vivre encore,
J'ai besoin que vous reveniez
Pour que je puisse être moi-même,
J'ai besoin que vous reveniez
Pour que je puisse mourir en paix,
J'ai besoin que vous reveniez.




Personne à qui parler
Toujours aller bien
Malgré le cafard
Personne à qui parler
Toujours aller bien
Malgré l'angoisse.

Personne à qui dire
La peur des jours sans lendemain
Personne à qui dire
La peur des lendemains sans avenir
Personne à qui dire
La peur des avenirs sans futur.

Personne à qui avouer
Qu'une aide serait la bienvenue
Personne à qui avouer
Que derrière le mur
Un coeur bat la parade
Personne à qui avouer
Que derrière la façade
Un coeur pleure
De ne pas être à la hauteur.

Personne à qui confesser
La peine du premier pas
Personne à qui confesser
La difficulté à se dire
Personne à qui confesser
Son souhait de progresser.

Personne à qui confier
Son rêve de changer
Personne à qui confier
Que dans toute évolution
Une main tendue est nécessaire
Personne à qui confier
Que l'on meurt de ne point être entendu
Personne à qui confier
Que l'on meurt de ne pouvoir se raconter.


















2. Non-sens dans l'errance

A la recherche d'un emploi,
Je reçus les annonces suivantes :

Orchestre recherche :
Un cygne-trompette
Un pluvier-siffleur
Une tortue-luth
Une rainette faux-criquet
Un ouaouaron

Pompier demande
Un chat-hurlant

Pour entrée immédiate
Dans une infirmerie :
Un orang-ouaté

Architecte réputé
Aurait besoin d'urgence
D'un boa-constructeur

Cirque engage
Un raton-moqueur

La police manque
De bisons-fureteurs
Ainsi que d'épaulards

Lavoir embauche
Piton-laveur
Pour entrée en lice rapide

Restaurant offre
Une place de loupière
Dans un cadre exotique

Pauvre chômeuse
Que je suis
Ce n'est pas aujourd'hui
Que j'aurai du travail.




J'habiterais volontiers
Un château fort ruiné
Dans lequel
J'aurais plaisir à manger
Une plante de pied bien marinée
Rehaussée d'un doigt crochu pelé
Le tout accompagné
D'un verre de sant-froid glacé
Sur une pomme d'adam montée.

Serait conviés à ce festin
Le macaque abbé du coin
Le chat en lin voisin
L'escarre aux baies venue de loin
Ainsi qu'un oncle en deuil tibétain.

Nous poursuivrions la soirée
Par des chants groggy
Et des poèmes acclamés.

Pour enfin nous endormir
Dans un bain de sueurs froides.




Pour mon prochain voyage,
Une tête de cochon,
Une vache à lait,
Un panier de crabes,
Une tête de linotte
Et une huïtre pleine
Devraient suffire
A me nourrir
Une chenille à poil
Et une fouine
A me vêtir.
Un bouc émissaire
Fera l'affaire
En cas de misère.
Un mouton à cinq-pattes
Me sauvera la face
En cas d'attaque.
Une mère poule
Et un ver nu
Seront les témoins idéaux
De mon prochain mariage
Avec un drôle d'oiseau
Dont l'oeil de boeuf
A su séduire
La vieille chouette
Que je suis.




Un chauve
Sourit
A une belle poire
Ils se marièrent
Et donnèrent naissance
A une pomme bien lisse
Qu'un ver luisant
Croqua à belles dents
Ce qui eut pour effet
De le transformer
En boule de noël
Dont un sapin
Tomba raide mort
Amoureux
Ils se marièrent
Et allèrent dans les Landes
D'où ils revinrent
Décorés de gui
Et les yeux étoilés
Ce qui permit aux hommes,
Cette année-là,
De fêter Noël et Nouvel An
Dans la joie et la paix.




Un jour,
Les poules eurent des dents
Les hommes en parlèrent tant
Que les carpes
Ne purent plus placer un mot
Et que les corneilles
En oublièrent de bailler.




Un petit monsieur,
Pour le Nouvel An
Se rendit au restaurant
En apéritif,
Il prit de la Prunelle d'Yeux
Qu'il fit suivre
D'une soupe aux larmes de crocodille
En entrée,
Une oreille cornée à l'huile de coude
Mit son estomac en appétit
Il poursuivit donc son repas
Par un canard boiteux aux épinards
Avec pommes de terre sautées
Qu'il fit descendre
Avec du Blanc d'Yeux.
Un Trou de Mémoire,
En fromage,
Ravit son palais
Et une Crêpe de Chignon
Lui alla à ravir
Pour finir son repas.
Pour conclure le tout,
Un Tape-à-l'Oeil,
En digestif,
Lui fit passer
Une paisible nuit.




Il faisait un temps de canard,
Mais les canards n'étaient
Point là pour fêter cela.
Il faisait un temps
A ne pas mettre un chien dehors,
Mais les chiens étaient là,
A jouer comme des fous
Sous la pluie incessante.
Il pleuvait comme vache qui pisse,
Mais les ruisseaux
Ne se firent pas grandes rivières.
Il gela à pierre fendre,
Ce qui n'empêcha pas les loups
De manger des grives dans les bois.
Peu à peu,
Les pies, les pinsons, les rouges-gorges
S'approchèrent des maisons,
La neige ne se montra point,
Les fruits ne permirent pas pour autant
De reconnaître les arbres.
Petit à petit,
Les moucherons réapparurent en nombre
Amenant avec eux
Tonnerre et vent terribles.
Méfiance, bergère,
Bien que les fourmis
N'emportent plus leurs oeufs,
N'éteint pas trop vite ton feu.
Un soir, le vent s'amusa à donner l'heure,
Allant de l'ouest au sud
Annonccer la mauvaise nouvelle :
" Les grenouilles ne chantent toujours pas ! "
Pourtant, le lendemain,
Les hirondelles, rentrées de voyage,
Volaient haut dans le ciel
Et, malgré des araignées
Refusant de tisser leur toile,
Les coccinelles, elles,
Arrivées en force,
Mangèrent les moucherons.
Bien que le soleil
Ne brilla pas pour tous,
Que le coq ne chanta pas à midi,
La lune était d'argent
Et l'arc-en-ciel s'en vint le soir.














Suite au réchauffement climatique,
La bécasse croule sous la chaleur
Le butor bouffe sa marmaille
Le faucon réclame sa pitance
Le hibou bouboule sa femelle
La huppe pulule dans les bois
L'herbe éternue
L'amarante pense
L'armoise est impolie
Le brident dort
Le souci a fui la ville
Une centaurée s'est salie
Et sa soeur porte le deuil
Un oeillet est entré chez les moines
Une roquette a détruit une muraille
Et pour conclure le tout
Les oiseaux vont au cabaret !










3. Errance philosophique

Je rêve à l'envers
Quand je dors sur la tête.
Je mange toujours debout
Des aliments déchus.
Je travaille volontiers couchée
Sur une table dressée.
Je voyage en chaussures
Dans un bus gondolant.

Je vais de travers
D'après mes congénères.
Mais quand je vais bien droit,
Plus rien ne tourne rond.
Alors, quant à faire,
Plutôt perdre la boule
Que d'être bien carrée.




Je m'verrais bien
Aller au loin
Prendre un pingouin
Comme copain
Si ça n'va point

Je le mettrai au coin
Et prendrai un lapin
Si ça n'va toujours point
J'essaierai un poulin
Que j'enverrai au loin
Si ça n'va point
Je prendrai alors un chien
Que j'aimerai bien
S'il est câlin,
S'il est férin
Je l'mettrai dans un recoin
Il ne me restera plus alors
Qu'à prendre un humain
Pour être bien
Dans mon patelin
Et si ça n'va toujours point
Je m'ferai bonne soeur
Dans un bouzin
Bien échu que ça n'aille point.




Il était un navire
Qui aimait naviguer
Il voguait tout le temps
Par tous les océans
Il avait tout son temps
La vie, le vent, le temps
Etaient ses seuls amis.

C'était un solitaire
Qui n's'ennuyait jamais
La vie, le vent, le temps
Lui racontaient le monde.

Un jour, il disparut,
Il avait fait son temps,
La mer l'avait repris
Elle le garda longtemps.

A la surprise de tous,
Un jour, il reparut,
La mer l'avait rendu
Il était trop tordu.




Je suis une exilée
Dans mon propre pays.

Jetée au-delà des barricades
Car refusant d'être semblable
Jetée par-dessus les remparts
Car décidée à être autre.

Je ne pourrai jamais
M'y faire
A être identique
A autrui.

Je n'ai qu'une volonté
Me ressembler
De haut en bas
Etre moi-même
De tout mont corps.

( texte inspiré d'un poème de Carole Menahem-Lilin )




Je contemple mon silence
Avec solitude
Je jouis de mon absence
Avec béatitude
Je me nourris de ma présence
Avec sollicitude
Je réintègre ma coquille
Avec gratitude
En revenance
D'une errence démentielle.






4. Errance dédicace

Je m'appelle Jacques
Je suis tout doux
Je suis sucré
Par tous les temps.

S'il fait grand vent,
Je suis tout blanc,
S'il fait soleil,
Je suis tout noir,
Si j'ai trop chaud,
Je d'viens tout mou,
Si j'ai trop froid,
Je d'viens dur comme du roc.

J'aime les noisettes
Ainsi que les cacahuètes
J'aime le rhum
J'aime le bon lait.

Quelque je sois
Quoique je suis
Tout l'monde m'adore
Et me dévore.




Elle va au dortoir
Tous les jours au soir
Elle va au lavoir
Toujours sur le tard
Elle va au réfectoire
Chez les taulards.

Si on l'agace
Si on l'énerve
Elle te raplatit
Comme une crêpe.

Elle est toujours
Dans les étoiles,
Elle est plutôt space,
Difficile de le nier,
Mais elle est bien gentille,
Ca on peut bien le dire !




Si t'es une tête de lard,
Moi, je suis une casse-pieds,
Ca fait tout aussi mal,
Ca je peux te le dire,
Car tout le monde s'en plaint.

Mais quand je suis bien sage,
Tout l'monde se plaint aussi,
On ne trouve pas normal
Que je ne dise plus rien.

Bon Dieu,
Que pourrais-je bien faire
Pour contenter tout ce monde
Qui me casse les pieds
Et transforme ma tête en lard
En se plaignant sans cesse ?




Ces deux-là
Quand ils sont ensemble
C'est une tempête qui s'amène
Ils se marrent comme des baleines
Ils rient comme des tordus.

Ces deux-là
Quand ils vont ensemble
C'est un ouragan qui s'annonce
Les murs gondolent
Sous leurs jeux incessants

Ces deux-là
Quand ils se montrent ensemble
C'est un typhon qui arrive
Leur bonheur tourbillonne
Leur joie tintinnabule.

Ces deux-là
Quand ils passsent ensemble
C'est une tornade qui approche
Les rues se vident
Le monde retient son souffle.

Ces deux-là
Quand ils sont désunis
La terre tout entière
Expire sa souffrance.





5. Errance et ego

Mon crâne joue du tambour,
Mes os des castagnettes,
Mes yeux chantent une berceuse,
Mon corps tremble en cadence.

Je voudrais me mettre au lit,
Mais celui-ci chavire,
Les murs tanguent aussi
Pourtant je ne bois pas
Je suis pire qu'un chameau

Je dois être malade,
Ca n'peut être que cela
Ou bien c'est la vieillesse
Qui doucettement s'installe
Ou alors la folie
Me gagne à petits pas.

Ou c'est tout autre chose
Mais je ne sais pas quoi,
Allez savoir ce que c'est
Car par les temps qui courent
On n'est plus sûr de rien.




J'ai un bourdon dans les oreilles
Une araignée dans le plafond
Un éléphant dans la mémoire
Une vipère sur la langue
Une souris dans le gosier.

Je suis bizarre,
D'après vous,
Mais vous ne savez
Pas encore tout.

Mon ami s'appelle Turbé
Il est père depuis peu
Sa bouche n'est pas cousue
Ses bras sont d'enfer
Ses cheveux vont au vent
Ses mains sont froides,
Son coeur est chaud.

Bon Dieu,
Je rêve !
C'est quoi ce cirque !

C'est pas un cirque
C'est pas un zoo
Ce sont deux humains
Ils sont étranges,
Je vous l'accorde.

Mais eux se prennent
Comme ils sont
Alors pourquoi
Ne feriez-vous pas
De même.




Toutes les cloches
Sonnent sonnent
A mes pieds martyrisés.

J'ai un p'tit peu
Trop marché
Avec des tatanes
Toutes neuves.

J'ai maintenant
De grosses ampoules
Qui éclairent mes panards
Et égarent mes pupilles.

Je n'vous dis pas
L'cinéma
Quand je dois
Dire le chemin !




Bon Dieu,
J'ai le coeur
Qui bat l'beurre
Le cerveau
Qui prend l'eau.

Bon Dieu,
Mon estomac
Pend du hamac
Mes intestins
N'ont plus faim
Mon foie
Perd sa foi.

Mon Dieu,
J'ai la tête à l'envers
Et les pieds de travers.

Quelle affaire !






6. Errance et amour

Qui adviendra un jour
Comprendre la solitude
De ce désert agité,
Y trouver l'audace plénitude
De l'y décrocher, la force sûre
De la semer en soi,
La sérénité tranquille
De la découvrir enfin fleurie,
La foi nécessaire à garder son sourire
Au-delà des tempêtes et des tourments ?




Où se trouve cet homme
Qui habite mes rêves
Où se trouve cet homme
Qui habite mes nuits ?

Découvrira-t-il en lui
La force nécessaire
A partir à l'attaque
De ce délicat bourgeon
Afin d'en conquérir le coeur
Pour en faire à jamais
Sa plus belle fleur ?

Découvrirai-je en moi
La force nécessaire
A partir à l'attaque
De ce puissant bourdon
Afin d'en conquérir le dard
Pour en faire à jamais
Mon plus fidèle compagnon ?




Etre,
Ne fut-ce qu'une nuit,
Côte à côte.

Etre,
Ne fut-ce qu'une nuit,
Aux creux de ses bras.

Etre,
Ne fut-ce qu'une nuit,
En lui.

Le recevoir,
Ne fut-ce qu'une nuit,
En moi.

Afin de libérer,
Ne fut-ce qu'une nuit,
Toute la frustration
D'un corps désireux d'ouverture.

D'ouverture en soi
D'ouverture en lui
D'ouverture en nous,
Ne fut-ce qu'une nuit.

Que nos sèves s'unissent,
Ne fut-ce qu'une nuit
En une offrande commune.

Et que nous nous envolions,
Au crépuscule de cette nuit,
Vers nos propres destinées.

Mais être,
Ne fut-ce qu'une nuit.




Je voudrais qu'il se déclare
Qu'il franchisse les radars
Qui nous séparent l'un de l'autre.

Je voudrais
Qu'il commette l'irréparable
Qu'il dépasse ses peurs,
Ses angoisses, ses rancoeurs.

Je voudrais
Qu'il soit présent
Pour que nous puissions combattre
Côte à côte jusqu'à l'éternité.

Je voudrais
Qu'il détache les amarres
Pour que nous puissions
Partir vers notre destinée.




Quand on a trop d'amour
A offrir en partage
Le jour du grand départ
On a trop de bagages
Que l'on ne sait où mettre.

Quand on a trop de tendresse
A offrir en largesse
Le jour de la grand messe
On se retrouve sans chaise
Pour entendre l'homélie.

Quand on a trop d'idées
A offrir à autrui
Il arrive qu'un beau jour
On se retrouve dehors
Sans rien pour se vêtir.

Quand on a trop de lumière
A offrir sans raison
Mieux vaudrait se la garder
Afin de pouvoir vivre
Le plus longtemps possible.




J'ai pris un peu d'retard
A t'écrire cette lettre
Veux-tu bien m'excuser
D'avoir tant attendu
Je n'trouvais pas les mots
Pour te dire Je t'aime
Je n'trouvais pas les mots
Pour te dire Tu es belle.

J'ai pris un peu d'retard
A t'envoyer cette lettre
Veux-tu bien m'excuser
D'avoir tant attendu
Je n'trouvais pas la force
D'aller jusqu'à la poste
Je n'trouvais plus l'chemin
Qui mène à ton coeur.

J'ai pris un peu d'retard
A venir te voir
Veux-tu bien m'excuser
D'avoir tant attendu
J'avais peur qu'en m'voyant
Tes yeux n'fuient en courant
J'avais peur qu'en m'regardant
Tu ne m'prennes plus pour le prince charmant.

Maintenant que je suis là,
Avec un peu d'retard,
Voudrais-tu bien de moi ?




J'ai perdu mon amour
Sur le chemin du retour
J'ai perdu mon enfance
En traversant un champ.

Que vais-je devenir
Maintenant
Que l'important n'est plus.

Que vais-je devenir
Demain
Sans amour à aimer
Sans enfance à rêver

Sans futur à créer.

Que vais-je devenir ainsi
Avec un passé bien absent
Avec un présent très fuyant
Avec un avenir bien hésitant.

Et pourtant si demain
Tout redémarrait
Je serais bien présente
Pour reprendre mon amour
Sur le bord de la route
Ainsi que pour récupérer
Mon enfance
Au coin d'une prairie.




7. Mots errants

Ecrire,
C'est déroutant
Ecrire,
C'est dérangeant
Ecrire,
C'est énervant.

Ecrire,
C'est bouleversant
Ecrire,
C'est écoeurant
Ecrire,
C'est répugnant.

Ecrire,
C'est entêtant
Ecrire,
C'est obsédant
Ecrire,
C'est éreintant.

Ecrire,
C'est hilarant
Ecrire,
C'est délirant
Ecrire,
C'est enrichissant.




Je digère mes nombreux mots
Je me nourris des mots d'autrui
Que j'ingurgite en quantité
Je recrée ainsi en moi,
Petit à petit,
Un matériau prêt à sortir
Dès qu'il sera bien solidifié
Pour vous offrir
Dès que la marmite sera pleine
Mon humour, ma tendresse,
Ma joie, ma peine,
Mon bonheur, mon angoisse,
Mon amour, ma haine
Sous forme de p'tits poèmes
Dont le souci sera
De vous agrémenter.




Mes mots sont au repos
Pour une longue période
Trop las pour se dire
Ils sont partis via le train
Vers une destination inconnue
D'où ils reviendront
Quand le temps sera venu.

Patience, Poète,
Quand le temps sera venu
D'écrire à nouveau
Les mots, via l'express,
A ton aide viendront.

Patience, Poète,
Les mots t'aiment toujours
D'un amour éternel,
Ils ont besoin de distance
Pour souffler quelque peu
Ils ont besoin d'un peu d'air
Pour se sentir à nouveau
Ils ont besoin d'insouciance
Pour de nouveau te charmer.

Patience, Poète,
Les mots vont revenir.




Mes textes vous manquent,
Dites-vous,
En voilà six,
En voilà dix.

Vous êtes en manque
De mes mots,
En voilà cent,
En voilà mille.

Vous en désirez davantage,
Patience
Patience
Ils arrivent.

Ils sont trop lents,
A votre goût,
Patience
Patience
Ils accourent !




Je suis lasse d'écrire
J'en ai assez des mots
Ceux-ci s'en sont allés
Vers d'autres horizons
Ils en ont marre de moi.

J'ai la tête un peu vide
Les yeux un peu humides
Ma bouche manque de salive
Mes mains deviennent livides.

J'voudrais qu'les mots reviennent
Qu'ils remplissent ma tête
Qu'ils sèchent mes pupilles
Qu'ils nourrissent ma bouche
Qu'ils colorent mes mains.

J'voudrais que vous reveniez
J'voudrais que vous restiez
Promis, je s'rai bien sage
J'écouterai vos phrases.

Pitiez, n'allez pas loin
Promettez d'être prudents,
Je vous aime tout entiers,
Remplis de divers sens.
Je n'ai pas très envie
Qu'il vous arrive quoi que ce soit
Je m'en voudrais à vie
De ne pas vous avoir bien chéris.

Si vous voulez partir
Je n'peux vous retenir
Mais si vous revenez
Ma tête vous s'ra ouverte
Mes yeux seront secs
Ma bouche sera humide
Mes mains seront ravies.

J'attends votre retour
Avec grande impatience
En attendant, je vais dormir,
Je n'ai rien d'mieux à faire.

N'attendez quand même pas
Cent ans avant de m'secouer
Sinon, je s'rai bien vieille
Je n'saurai plus écrire,
Mes yeux n'y verront plus,
Ce qui ne fera pas l'affaire,
Ma tête sera trop lourde
Ma bouche bien trop sèche.

Purée, revenez vite
Humidifier ma bouche
Egayer mes deux yeux
Réactiver mes mains
Me faire tourner la tête.

Purée, revenez vite
Je stresse
De vous savoir au loin
J'ai peur
Sans vous à mes côtés
Je pleure
Votre absence
Je meure
Sans votre présence.




Vous avez devant vous
Un guerrier dont la plume
S'est mise en grève.
Les mots l'ennuient
Avec leur travail de nuit
Les mots l'agacent
Avec leurs horaires décalés
Les mots la rendent insomniaque
Avec leur titillement incessant
Les mots la fatiguent
Avec leurs différents sens
Les mots la brisent
Avec leur va-et-vient incessant.

Repos !
Repos !
Crie le guerrier.

Mais les mots
Ne l'entendent pas ainsi.
Travail !
Travail pour tous !
Disent les mots.
Pas de discrimination
Pas de réduction du temps de travail
Pas de repos mérité
Tant que la paix sera une denrée rare.

Reprend ta plume,
Guerrier !
Il reste tant à créer
Le temps nous est compté
Pour le réaliser.




8. Sites Web à visiter

Carole Menahem-Lilin : http://carole.lilin.free.fr

Alain Ponçon : www.poncon.com

Gérard Wibin : www.wibingalerie.com

Marie-Lydie Joffre : www.marielydiejoffre.com

Bon-à-tirer, revue littéraire en ligne : www.bon-a-tirer.com

Sur la piste du loup ... : www.loup.org